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Il y a 13 jours
Edito - "120 battements par minute" : un combat à la vie, à la mort

L'histoire s'écrit en trois phrases. Début des années 90. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d'Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l'indifférence générale. Nouveau venu dans le groupe, Nathan, jeune homme séronégatif, va être bouleversé par la radicalité de Sean, séropositif, peu à, peu malade. Le film « 120 battements par minute » déroule le combat collectif d'une communauté en souffrance, isolée, invisible, qui a choisi de se battre pour exister et pour briser le silence mais aussi l'ignorance à une époque où les malades du sida mouraient dans l'indifférence générale.

Actu-up Paris

120 BPM© - Le jeune Sean, militant radicalement engagé dans un combat pour la cause sida

Cette fresque époustouflante sur les « années sida » signée du réalisateur Romain Campillo nous montre comment Act-up Paris est alors une machine à penser - et pour panser... -, démocratique, avec ses codes, ses discours et ses actions autant retentissantes que spectaculaires. Dès la première scène du film les choses sont clairement posées par le discours d'accueil d'un militant destiné aux nouveaux venus avant la réunion hebdomadaire du groupe : Bienvenue à Act-Up, créé en 1989 sur le modèle d'Act-Up New York. Ce n'est pas une association de soutien aux malades, mais un groupe d'activistes qui vise à défendre les droits de toutes les personnes touchées par le sida. Dans ce groupe se rejoignent des homos, des hétéros, femmes et hommes, des séropositifs, des séronégatifs, des déjà malades, des hémophiles contaminés, des mères de séropositifs… Il y a des meneurs, des pasionaria, des rebelles… ils débattent, parfois s'affrontent, pour se battre et mener leur lutte contre les pouvoirs publics, les laboratoires, les assureurs, la société.

Nous vivons le sida comme une guerre, une guerre invisible aux yeux des autres. Pourtant nos amis meurent et nous ne voulons pas mourir...
scande Thibaut, personnage inspiré par le vrai fondateur d'Act Up Didier Lestrade.

Romain Campillo, le réalisateur, a vécu la période qu'il raconte : À Act-Up, que j'ai rejoint en avril 1992, j'ai été un militant de base, mais assez actif. Je participais à la commission médicale mais j'ai surtout fait beaucoup d'actions, dont certaines ont inspiré le film. Il faut bien comprendre qu'à l'époque, l'idée même de parler de préservatif dans les lycées ou de plaider pour l'échange des seringues chez les usagers de drogues n'allait pas de soi. L'homophobie était encore presque une norme. On l'a oublié : quand une société évolue, comme elle l'a fait depuis, elle développe une sorte d'amnésie sur ce qui l'a précédée. Ce film il l'a voulu certes clairement comme une fiction, mais surtout comme un film choral pour rappeler une aventure qui l'a été tout autant. À l'arrière-plan du film, il y a la tristesse d'avoir perdu ces personnes qu'on admirait, qu'on aimait, avec qui on riait. Mais je pense encore plus à ceux d'entre nous qui ont survécu, et qui se battent toujours aujourd'hui contre la maladie.

Ensemble nous pouvons construire une communauté capable d'adopter à l'égard de la maladie une attitude positive et combative...

Act-up Paris -120 BPM©

Il est saisissant de réaliser combien à cette époque, à Act-Up, les malades vivaient leur propre maladie, et la représentaient en même temps. Les militants avaient un corps, ce corps était une arme efficace et ils en jouaient. Apparaître en chair et en os quand on est relégué à l'invisibilité, c'est pour moi l'un des sujets politiques les plus forts qui soient. C'est donc à la fois une question politique et un enjeu de cinéma souligne Romain Campillo. D'ailleurs, quand la maladie de Sean devient trop grave, il ne peut plus jouer. D'un seul coup, la représentation elle-même lui paraît scandaleuse. La maladie l’oblige à retourner à la solitude que le groupe lui avait permis de dépasser. À la fin, Sean traverse sa maladie dans un tunnel de solitude : il se résume à la maladie.

L'énergie du désespoir, la colère au service de la combativité… L'urgence d'aller vite, choquer pour réveiller la société : ceux qui ne savent pas et tous ceux qui s'en foutent...

Act-up Paris -120 BPM©

Sur fond de combat pour la dignité du groupe et de relation amoureuse entre Sean, séropositif et peu à peu malade, et Nathan, épargné par le virus, le film déroule son rythme nerveux et enflammé servi par des acteurs impressionnants d'authenticité. Le réalisme est là, mêlant la crudité des images de sexe - la sexualité est finalement au-dessus de tout, même à l'hôpital... -, la photogénie des actions menées, les prémisses amoureux et la frénésie des corps qui exultent sur de la house musique parce que la vie est chaque jour ce qu'il y a de plus important à célébrer comme un pied-de-nez à la mort qui rode et sévit. Romain Campillo s'en explique : cette musique, à la fois festive et inquiète, est un peu la bande originale de cette époque. L'un de mes premiers souvenirs d'Act Up est un concert magnifique qu'avait donné Jimmy Somerville pour l'association, au Cirque d'Hiver. La chanson « Smalltown Boy » date de 1984, il évoque plutôt les premières années de l'épidémie. C'est l'une des premières chansons ouvertement gay de l'histoire de la musique pop. Elle a été pour ma génération un point de ralliement très fort.

Pour mémoire, l'épidémie sida a contaminé 76 millions de personnes et provoqué 35 millions de décès depuis son apparition, au début des [...]

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Le scientifique, qui officie au CHU de Caen, en Normandie et qui travaille principalement sur la mémoire traumatique (il s’est récemment lancé, avec son équipe, dans une étude qui se déroulera pendant 12 ans sur le cas des survivants aux attentats perpétrés le 13 novembre 2015 à Paris) explique que lorsque l’on ne fait rien, une activité cérébrale vitale se met en place.

De cette façon, le cerveau pourra mieux comprendre l’environnement qui l’entoure et pourra mieux composer avec les situations ultérieures qui se présenteront à vous.

Un phénomène que nous appelons le « mode par défaut ».

Le « mode par défaut » désigne ces instants d’oisiveté, faits de voyages de la pensée, ces pensées qui vont et qui viennent, ces mêmes instants qui nous permettent de consolider notre mémoire :
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