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Il y a 13 jours
La transplantation fécale peut vous soigner, ne faites pas la grimace !

Concernant les désordres digestifs et autres infections intestinales..., une voie nouvelle s’ouvre. Dans quelques années, nous pourrons avaler un comprimé pour guérir et remettre notre intestin en bon état de marche grâce à des selles congelées mises en réserve lorsque nous étions en bonne santé. Tim SPECTOR, Professor of Genetic Epidemiology au King's College London nous en parle et c'est passionnant !

Crapsules

Une poignée de « crapsules ». Tim Spector , Author provided

La plupart d’entre nous ont déjà souffert de diarrhée - souvent lors d’un voyage - et passé 48 heures au lit ou sur le siège des toilettes. Des études ont montré que dans les cas sévères, ces infections peuvent parfois transformer votre flore intestinale, ou microbiote, de façon permanente. Au lieu d’attendre que les symptômes disparaissent, nous avons de plus en plus tendance à recourir à des antibiotiques à large spectre qui tuent ces microbes mais qui peuvent également entraîner des dommages collatéraux et affaiblir notre résistance lors de futures infections.

Concernant ces désordres, une voie nouvelle s’ouvre. Dans quelques années, nous pourrons avaler un comprimé pour guérir et remettre notre intestin en bon état de marche grâce à des selles congelées mises en réserve lorsque nous étions en bonne santé. J’ai visité à Boston (Etats-Unis) les laboratoires de la plus grande banque de selles du monde, Openbiome, une organisation à but non lucratif. Chaque semaine, ils envoient en moyenne plus de 50 échantillons de selles congelées à 430 centres américains spécialisés dans le traitement d’une infection, potentiellement mortelle, causée par une bactérie, Clostridium difficile. Cette maladie est également connue sous le nom d’infection à C. diff ou ICD (CDI, en anglais). Causée par l’usage d’antibiotiques, elle touche 100 000 Américains et en tue 14 000 par an. Elle est également un problème en France. La ICD est habituellement provoquée par une infection initiale modérée suivie d’une rechute chez un malade sur quatre. Tout cela à cause d’un traitement aux antibiotiques qui détruit la flore microbienne et permet à la ICD de proliférer.

Le traitement traditionnel de la ICD passe par l’utilisation d’antibiotiques puissants. Cependant, l’étude de trois essais randomisés concernant le traitement de plus de 500 patients assorti d’un commentaire publié dans le British Medical Journal –, aboutit à cette conclusion : du moment qu’elles proviennent d’un donneur sain et qu’elles soient à l’état liquide ou qu’on les ait congelées, ces selles introduites avec leur flore microbienne dans le colon d’un malade ont donné plus de 85 % de résultats positifs contre 20 à 25 % seulement avec l’usage d’antibiotiques. Une seule étude a été interrompue. On l’a jugée contraire à l’éthique car elle avait continué à s’appuyer sur l’utilisation des antibiotiques. Jusqu’ici, dans plus de 6 500 transplantations fécales supervisées aux États-Unis, peu d’effets nocifs relevés, y compris chez des malades gravement atteints, à l’immunité affaiblie ou d’un âge avancé.

Opportunité fécale

Les transplantations de selles existent en Chine depuis le IVe siècle, il y a plus de 1 700 ans. Mais la plupart des médecins n’en avaient jamais entendu parler jusqu’à un essai clinique rendu public en 2013. La transplantation de selles avec leur flore microbienne, appelée officiellement transplantation de microbiote fécal (TMF, ou FMT en anglais), relève d’un procédé tout à fait simple. À Openbiome, on choisit un donneur sain parmi des volontaires qu’on a soumis à une série de questionnaires rigoureux et à des essais cliniques (ce qui élimine 97 % de candidats espérant se faire facilement de l’argent). Si bien que la douzaine ou quelque de « super-donneurs » sont très demandés. Leurs selles sont diluées et conservées par cryogénisation, ce qui assure leur congélation de façon sécurisée.

Elles sont ensuite emballées sous trois formes distinctes : un mélange concentré qu’on injectera dans l’estomac à l’aide d’un tube par la voie nasale ; une quantité plus importante à introduire dans le rectum lors d’une coloscopie ou d’un lavement ; enfin, un nouveau produit, à savoir trente capsules résistantes à l’acide. Surnommées « crapsules », elles sont apparemment tout aussi efficaces et simplifient les procédures médicales.

La transplantation fécale microbienne dans le cas d’infections à C. diff est désormais approuvée, avec prudence, par des équipes médicales spécialisées. En Grande-Bretagne, par le biais de l’Institut national pour l’excellence clinique, même si les organismes nationaux de régulation ont eu du mal pour savoir comment la classer. La flore microbienne dans nos selles est-elle un tissu, un outil médical ou un médicament ? Comme nos intestins contiennent dix fois plus de cellules microbiennes et 150 fois plus de gènes que l’ensemble de notre corps, on peut aussi se poser la question de savoir si ce vivant est vraiment notre. Aux États-Unis et en Grande-Bretagne, cette flore microbienne n’est pas cataloguée comme un tissu (idem pour les transfusions sanguines) mais comme un médicament, assorti d’une série d’exemptions, afin qu’elle puisse être utilisée.

Où en est-on actuellement ? Des pays ont beaucoup de retard sur les États-Unis. Le Royaume-Uni compte seulement sept centres spécialisés (dont un de statut privé) et, bizarrement, les règlements actuels interdisent l’importation d’échantillons congelés en provenance des USA. Il existe une demande croissante de FMT de la part des cliniciens et du public pour traiter d’autres maladies courantes liées à l’altération des bactéries intestinales. Des essais cliniques sont d’ores et déjà en cours visant la maladie de Crohn les colites, le syndrome du colon irritable et même l’autisme. La TMF serait aussi utile dans le cas d’allergies sévères ou d’autres maladies immunes et elle pourrait même jouer un rôle positif dans les chimiothérapies.

Des microbes contre l’obésité

La probable question numéro un est de savoir si la TMF peut être utilisée pour combattre l’obésité. Le seul traitement à long terme à avoir fait ses preuves contre les formes sévères d’obésité et le diabète, c’est la chirurgie bariatrique, où des morceaux d’intestin sont enlevés puis reconnectés.

Or, il est de plus en plus clair qu’un changement bactérien peut entraîner, en clinique, des effets bénéfiques et rapides. On sait maintenant que chez les cobayes de laboratoire, la TMF peut traiter et prévenir l’obésité mais des essais sur des humains ont déçu. Même si la TMF augmente la sensibilité à l’insuline, le poids ne change pas tellement. Nous manquons, jusqu’à présent, de preuves solides des essais cliniques menés sur toutes les maladies courantes et on s’accorde à dire qu’elles seront beaucoup plus difficiles à traiter que l’affection à C. diff.

Dans de grands centres comme Openbiome, le risque d’infection est réduit au minimum grâce à des examens de laboratoire et une conservation des échantillons pendant trois mois, ainsi que par un examen complémentaire des donneurs juste avant le prélèvement. Cependant, d’autres risques potentiels sont à considérer. Selon divers rapports, des malades qui avaient reçu de la TMF pour contrer des infections sévères ont guéri mais se sont mis à grossir de façon conséquent[...]

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