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Il y a 2 mois
Quand le détail conditionne l’Art Infirmier

Qui d’entre nous n’a pas eu ce sentiment d’une pensée soignante confisquée ? Et si notre pensée professionnelle trainait de vieilles casseroles devenues un peu graisseuses d’une cuisine professionnelle traditionnelle surannée ? De la même façon, la cuisine traditionnelle a évolué vers la cuisine gastronomique puis vers des concepts moléculaires, le Soin doit pouvoir gagner en élégance, en grâce et en précision. Il ne s’agit pas ici de balayer d’un revers de main les démarches existantes mais d’être capable de nous autoriser à un système critique qui permettrait de libérer notre pensée professionnelle ; lui offrir des ouvertures et des possibles pour augmenter notre art en termes d’émotion, d’intuition, d’imaginaire et de créativité. La grâce et la rigueur ne sont pas antinomiques.

Vers une nouvelle clinique critique infirmière

Infirmière aidant une personne agée

Selon Christophe Pacific, « un enseignement au tour de la microscopie du soin propose ainsi un nouveau focus, une nouvelle clinique qui se fonde sur l’attention et l’intensité du moment présent. »

La pensée critique infirmière n’est pas encore enseignée dans nos instituts de formation aux métiers de la santé (IFMS) pourtant, il s’agit là d’une arme puissante d’évolution d’une profession. Elle est cette lumière de vigilance qui doute à toutes les étapes de la démarche de soin et sur son bien-fondé. La pensée critique permet en effet des réajustements et des réorientations complètes de la démarche, elle imagine des plans B et permet de ne pas se paralyser sur un plan A qui s’avèrerait insuffisant. Le doute est un mouvement qui ouvre le champ des possibles quand la certitude est figée et n’offre plus aucune autre alternative. Le doute a fait trop longtemps l’objet d’une représentation négative comme une déficience, un mal qui réside dans l’hésitation et la difficulté à se déterminer. Au contraire, le doute infirmier est un trésor de pensée créative qui n’a de cesse d’ouvrir des possibles à un accompagnement qui vise le souci d’autrui. Le doute professionnel se développe à partir de la capacité à s’étonner de l’ordinaire. Etre capable de voir ce qui nous est offert discrètement par le patient, toutes ces petites choses microscopiques qui le constituent et qui sont autant de détails cliniques propres à augmenter la compréhension soignante.

Promouvoir une pensée critique infirmière c’est provoquer des remises en question sévères même si je ne suis pas certain que nous soyons prêts à accueillir des empêcheurs de tourner en rond... Il suffit de voir comment sont accueillis les étudiants qui osent proposer de nouvelles prises en charge quand certaines sont sclérosées depuis 20 ans ou plus… Qu’à cela ne tienne ! Nous savons que nous préférons quelques fois nos vieilles douleurs de fonctionnement plutôt que de tenter un changement qui nous projetterait dans l’inconnu. La peur de cet inconnu paralyse les systèmes et il faut parfois rompre l’habitude pour tenter de nouveaux possibles.

Commençons par bousculer et proposer l’insuffisance de cette grande vérité que l’on enseigne depuis maintenant plus de trente ans.

Le doute infirmier est un trésor de pensée créative qui n’a de cesse d’ouvrir des possibles à un accompagnement qui vise le souci d’autrui.

Une clinique évolutive de la micro à la macroscopie

Depuis trente ans, la démarche holistique nous oblige à construire la personne comme un système composé de toutes ses dimensions physiques, affectives, cognitives, sociales et spirituelles. Alors certes, cette idée du Tout n’est pas inintéressante en soi pour soigner notre patient, mais en courant après le Tout, ne risque-t-on pas de louper l’essentiel, le détail déterminant pour lequel notre intuition, notre sens du Soin se forment au grès des expériences ? Prenez un jeune homme récemment atteint de tétraplégie incomplète. La seule découverte de la mobilité intentionnelle de quelques millimètres d’un orteil va déclencher des émotions positives qui seront autant de leviers pour progresser ensemble dans la démarche de soins. L’infirmier qui sera capable de voir cette microscopie du soin sera capable de soulever des montagnes.

En courant après le Tout, ne risque-t-on pas de louper l’essentiel, le détail déterminant… ?

La microscopie du soin

Cette clinique prend le contrepied d’une démarche globale et traite d’un regard clinique essentiel qui cherche à traquer les menus détails chers à Marie-Claude Vallejo1 dans son Ehique au cœur des petites choses. Il s’agit ici de capter l’éphémère, de saisir le moment opportun où les mâchoires se serrent en silence pour contenir une douleur et répondre au plus tôt de la présence soignante, a contrario d’apercevoir une ride qui nait sur un coin d’œil plissé et qui peut évoquer un sourire contenu et qui mérite d’être vu pour être partagé. Ne pas se satisfaire du grand Tout et viser son contraire pour augmenter notre champ de conscience, changer nos habitudes et accorder au millimètre sa grandeur quand il conditionne un nouveau possible, voilà bien une dimension paradoxale et essentielle au regard soignant. Un enseignement au tour de la microscopie du soin propose ainsi un nouveau focus, une nouvelle clinique qui se fonde sur l’attention et l’intensité du moment présent. Il s’agit aussi de permettre aux émotions un droit de cité professionnel. Rendre au soignant la légitimité de s’émouvoir encore de ces petites choses qui nous rendent éminemment humains.

Une clinique du signe

Par exemple, prendre le soin d’examiner une [...]

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Dix ans après son entrée en vigueur, la réglementation REACH a montré un potentiel d'impact élevé, mais qui se concrétise encore insuffisamment dans la protection des personnes et de l'environnement. Pour les associations de protection de l'environnement, il est urgent de renforcer sa mise en œuvre et d'étendre son champ d'action pour atteindre les objectifs de cette législation phare.

La réglementation REACH a marqué une étape forte dans la législation européenne, allant significativement plus loin que d'autres législations, et intégrant de nouveaux principes révolutionnaires tels que les principes « pas de données, pas de marché » et celui de substitution, en s'appuyant sur le principe de précaution et en renversant la charge de la preuve. Il est devenu un modèle mondial [1], et même les entreprises reconnaissent qu'il les a aidées dans l'amélioration de leur communication sur les dangers [2], et à renforcer leur proactivité sur la gestion des substances chimiques.

Malheureusement, les principes fondamentaux de REACH ne sont pas appliqués. Le processus en lui-même est excessivement lent : alors que le livre Blanc de l'Union européenne de 2001 recensait 1400 substances qui devraient être progressivement remplacées, seules 31 sont aujourd'hui inscrites sur la liste d'autorisation. Par ailleurs, l'Agence Européenne des Substances Chimiques (ECHA) fournit des numéros d'enregistrements – et ce faisant donne accès au marché – à tous les dossiers d'enregistrements, par défaut, même aux dossiers incomplets, inadéquats ou non pertinents, alors que le pourcentage de dossiers d'enregistrement non conformes est resté supérieur à 50% au cours des 5 dernières années [3].

La charge de la preuve, quant à elle, n'a pas été transférée aux industries. Les informations très médiocres fournies par les entreprises dans les dossiers d'enregistrement imposent aux autorités des États membres et aux comités de l'ECHA de chercher et de compléter les informations nécessaires à la gestion des risques.

Alors que le principe de précaution constitue l'un des fondements du règlement, il n'est pas appliqué dans les décisions de restriction ou d'octroi d'autorisations. En accordant les autorisations aux demandeurs qui sollicitent le maintien d'utilisation de substances extrêmement préoccupantes, alors que des alternatives sont disponibles, la Commission porte atteinte aux objectifs du Règlement, entrave l'innovation et pénalise les entreprises qui ont créé des alternatives plus sures.

Par la voix du Bureau Européen de l'Environnement, les associations de protection de l'environnement demandent un engagement politique fort pour renforcer la mise en œuvre du Règlement, et lui permettre d'atteindre l'entièreté de son potentiel de protection de la santé et de l'environnement. Il sera ainsi nécessaire :
- d'intégrer les nouvelles connaissances scientifiques sur les produits chimiques (nanomatériaux, perturbateurs endocriniens, neurotoxicité, effets métaboliques, etc.) et les mélanges[...]

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